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Les 5 conditions d’une politique du chiffre légitime et efficace
Par Gilles Wallis , le 18/12/2009 - [
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La logique du résultat est nécessaire à l’action publique : comment la maîtriser
Le 3 décembre dernier, un syndicat de policiers manifestait contre « la politique du chiffre ». Une crise de mauvaise humeur qui illustre les déboires de la culture du résultat. Nous en avons pourtant besoin pour rationnaliser l’action publique, à l’heure où la banqueroute des états n’est plus un épouvantail. Y a-t-il une fatalité à échouer ? Sinon, à quelles conditions des objectifs quantitatifs doivent-ils obéir pour être des outils de management légitimes et efficaces, au ministère de l’intérieur ou ailleurs ?Ne nous laissons pas aveugler par les inepties de quelques bureaucrates dans le déploiement des directives. Oui, une logique du résultat est indispensable à l’action publique :
. Pour évaluer si la performance de notre service public est comparable à celui de ses voisins : c’est la meilleure façon de le défendre ;
. Pour justifier si les moyens supplémentaires votés sont employés avec succès ; les fonds publics sont-ils bien investis?
. Pour valider la pertinence des plans d’action engagés, surtout à long terme. Pensons au plan de réduction du déficit de la sécu du ministre D’Ouste Blazy! (1)
. Pour s’assurer que les services publics disposent d’un dispositif interne de pilotage de leur activité.
A tous ces points de vue, une logique du résultat est salutaire. Alors, les syndicats de policiers qui protestent seraient-ils manipulés, de mauvaise foi, ringardisés ?
Pas sur, car pour qu’un déploiement d’objectifs chiffrés soit efficace, légitime et pertinent, bref, pour qu’il fonctionne, il y faut 5 conditions. Je ne suis pas certains qu’elles soient présentes au Ministère de l’intérieur.
1. Les objectifs chiffrés ne peuvent pas sortir du chapeau, fut-il celui d’un prestigieux corps de l’administration. Ils doivent résulter de raisonnements compréhensibles, vulgarisables à tous ceux qui devront y contribuer. En aucune façon un chiffre ne peut être arbitraire. Et encore moins secret. Il leur faut du sens et de la science !
2. Les moyens de mesure ne peuvent pas porter à discussion. En premier lieu, ceux qui sont responsables de l’atteinte des objectifs doivent avoir accès en permanence à la mesure. En second lieu, les chiffre ne peuvent pas être manipulés (pensons aux statistiques de la délinquance mesurés par l’activité policière, chiffres régulièrement contestés)
3. Un objectif chiffré doit être sous le contrôle de l’entité ou de celui à qui on l’assigne. Il doit donc pouvoir être atteint, même si les résultats ne peuvent jamais garantis. Les objectifs chiffrés doivent donc avoir été démontrés, soit dans des entités comparables, soit dans un passé récent. Un objectif chiffré est assorti de moyens cohérents.
4. Le niveau de fixation d’un chiffre doit être statistiquement valide. A quel niveau doit-on mesurer le taux de fréquence des accidents du travail pour mesurer une dérive de l’accidentologie ? A quel niveau l’évolution du taux de résolution des crimes et délits est-il pertinent ? Tous les objectifs ne doivent pas descendre jusqu’au terrain. Ce n’est pas en fixant un objectif « 0 accident » à chaque conducteur de travaux que l’on fait avancer le sujet !
5. Les objectifs chiffrés doivent être compatibles avec la culture managériale existante. La négociation objectifs/moyens, est notamment l’une des conditions d’existence d’objectifs légitimes. Quels que soient les effets d’annonce envisagés, un objectif ne se décrète pas ! Un objectif n’est pas un ordre, fut-il dicté par la plus haute autorité (2)
L’un des moyens les plus pertinents de juger du bien fondé d’une politique d’objectifs chiffrés est d’observer l’apparition d’effets pervers dans le système. Ce sont des signes qui ne trompent jamais...
Par effets pervers, on peut observer : la manipulation des chiffres, la transgression des valeurs, les conduites aberrantes, le stress professionnel, le « court-termisme », les rivalités entre services, la mauvaise ambiance.
Pour ce qui est du ministère de l’intérieur, je vous laisse juge de la situation. Si l’on voulait faire un bon mot sur un sujet qui mérite mieux, on pourrait dire que la politique du chiffre inquiète les « braves gens » et fait rigoler les petites frappes. Mais ne jetons pas la pierre à cette administration, la situation de certaines entreprise privées n’a rien à lui envier.
Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, que faire ? Et bien, ce n’est pas par les chiffres qu’il faut déployer les politiques publiques, mais par les plans d’actions et les calendriers. On passe d’une logique de résultat à celle de moyens, c’est tout autre chose, mais c’est la seule conduite réaliste de s’y prendre de manière cohérente. Nous y reviendrons dans un prochain billet
Pour les lecteurs qui voudraient approfondir le sujet, et parce que l’évolution des comportements policiers m’évoque d’autres temps, où la censure et l’arbitraire régnaient, je vous ai concocté une fable, « La Petite Maison aux Eperons » (3) au sujet de l’un des effets pervers de la politique du chiffre, effet que j’ai pu tester de près. Ceux qui s’y sont frottés s’y reconnaitront. Je n’en dis pas plus, simple mesure de précaution.
Vous y découvrirez un moyen infaillible pour obtenir rapidement des résultats spectaculaires.
Car, soyons clairs et répétons le : la logique du résultat nous est indispensable. C’est pour cette raison qu’il faut dénoncer les abus de ceux qui, par ignorance, n’en maitrisent pas les mécanismes. C’est aussi pourquoi il faut expliquer, patiemment, que les changements induits par la révision générale des politiques publiques (RGPP) ont des profondes implications culturelles et qu’en la matière, il faudra laisser du temps au temps. Oui, la logique des résultats est adaptée à la sphère publique.
Pour télécharger la fable « La petite maison aux éperons », suivre le lien.
(1) Un plan qui fait l’objet d’études innombrables mais dont le bilan synthétique et intelligible n’est disponible nulle part.
(2) Voir à ce sujet le billet sur ce site
"N'abusons pas des objectifs chiffrés"
(3) Cette fable fait partie des « Chroniques de Minz » dont nous publierons les meilleures feuilles sur ce blog. C’est une forme d’hommage aux hommes illustres qui se sont battus pour que nous jouissions aujourd’hui de nos libertés.
mots clés :
Management par Objectifs, déclinaison des objectifs, management des hommes
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