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Stratégie : orchestrer des plans d’action complexes

Par Gilles Wallis , le 12/01/2010 - [ 0 commentaire(s) ]

Comment mobiliser durablement les équipes autour d’un dessein consensuel ?
Les débats locaux sur les implantations d’éoliennes ou le vote de la taxe carbone nous en apprennent long sur la complexité et les aléas des plans d’économies. Il est remarquable de constater que les thèmes écologiques qui créent un si large consensus sur les objectifs, suscitent autant de controverses sur les plans d’actions. Sommes-nous donc condamnés aux débats stériles, faut-il renoncer à faire participer les intéressés ? L’autorité est-elle la seule voix payante ? Je vous suggère une approche pour mettre de l’ordre dans la mise en application des plans d’action afin d’éviter qu’un sujet mobilisateur ne tourne rapidement à la foire d’empoigne.

Illustration : préserver les ressources en eau
Mais oublions un instant 2009 et ses économies financières pour illustrer notre propos à partir du thème fédérateur des économies d’eau. De nombreuses agences publiques et associations (1) mènent depuis plusieurs années des campagnes intelligentes pour impliquer les citoyens par des gestes simples dans un combat quotidien pour la préservation de la plus précieuse des ressources naturelles de notre planète : pendre une douche au lieu du bain, fermer le robinet quand je me brosse les dents. Multipliés des milliers de fois, ces messages simples et de bon sens pèsent sur nos comportements. Multipliés des millions de fois, ces petits gestes évitent le gaspillage de notre vital liquide. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Quelques chiffres cependant méritent réflexion. Globalement, dans le monde, 70% de la consommation d’eau est destinée à l’agriculture, et seulement 8% à celle des ménages (2). En France, la répartition de la consommation est la suivante (3)

Agriculture   68%
Industrie   5%
Energie   3%
Usages domestiques et collectifs   24%

Si l’on fait la part des 24% de la consommation liée aux comportements du citoyen sur lesquelles agissent les campagnes de communication, on est plutôt de l’ordre de 10% de la consommation totale, ce qui est loin d’être négligeable, certes. Mais à quoi bon, diront certains, s’acharner à éduquer nos chères têtes blondes à économiser quelques litres d ‘eau quand il s’en évapore 1000 fois plus en arrosage diurne dans le champ de maïs voisin ? N’est-ce pas finalement un moyen de détourner l’attention du public des « vrais problèmes ».
- Quand on a parlé de faire des économies, le patron nous a bassiné avec les statistiques de photocopies, c’est pas avec ça qu’on va s’en sortir !

Gérer les paradoxes de l'action collective
Chaque responsable, manager du secteur privé ou responsable de la puissance publique est sans cesse confronté à ce paradoxe de l’action collective en faveur d’un but commun : d’un côté déployer des actions simples, à l’efficacité visible, faciles à communiquer, qui concernent chacun mais à portée limitée, de l’autre, mener de grands projets complexes, pilotés par un petit nombre d’experts, difficiles à expliquer, parfois impopulaires et longs à mettre en œuvre. Réorganiser une filière agricole régionale pour l’adapter aux ressources disponibles d’un côté, arroser sa pelouse à l’eau de pluie de l’autre.
Je parle de paradoxe, car il y a belle lurette que la plupart d’entre eux, à l’exception de quelques démagogues, ont abandonné l’illusion qu’il existerait des solutions à la fois simples et efficaces aux problèmes qu’ils affrontent.

L’une des clés de la mobilisation d’une équipe ou d’une collectivité réside dans le traitement de ce paradoxe dont il ne faut négliger aucun terme. Entretenir l’illusion que par des gestes simples on peut économiser durablement l’eau douce serait irresponsable, mais négliger de prendre des mesures simples et immédiates parce qu’elles ont peu d’impact le serait aussi. Par un engagement quotidien sur des comportements dont ils comprennent bien le sens, l’attitude des membres de l’équipe évolue : leur mobilisation en faveur du but commun s’affirme (4).
Mais c’est en s’attaquant en même temps et résolument aux « vrais problèmes », ceux qui permettront d’atteindre les résultats, et en le faisant savoir, que le responsable crédibilise et légitime son action. C’est ce qui le différentie du démagogue. Reconnaissons qu’à propos de l’eau, on entend surtout parler de ce qui fait l’unanimité mais beaucoup moins des autres sujets plus difficiles…

Si donc on s’engage vers le traitement des véritables causes, l’énergie collective qui résulte des petites actions quotidiennes du plus grand nombre, est bien utile à ceux qui, peu nombreux, sont impliqués dans les projets difficiles complexes et de longue haleine. Les petits succès partiels remportés et la solidarité des autres acteurs leur apportent la confiance nécessaire à leur réussite.

La cohérence des plans d'action

Certains groupes de pression ont bien compris ce mécanisme (voir schéma). En engageant par leurs actions de communication les membres de la collectivité sur des actions quotidiennes (fermer son robinet chaque matin), ils influencent profondément leurs attitudes (le problème de l’eau est vital) qui pèseront sur les responsables de la vie publique (programmes de gouvernement, élections,), sommés d’agir sur les causes les plus importantes (la consommation agricole notamment).


Responsables publics et chefs d’entreprise, pour leur part utiliseront ce mécanisme pour servir les buts de leur organisation : faire s’engager le plus grand nombre sur des actions quotidiennes afin que la mobilisation de tous fournisse aux experts le soutien moral et la solidarité qui leur permettra d’aboutir sur l’essentiel. Mais c’est un équilibre fragile. La photo de la voiture du préfet lavée à grande eau en pleine canicule ruine la laborieuse négociation sur l’irrigation des champs de maïs. L’arrivée du PDG en hélicoptère pour annoncer la mobilisation générale pour le plan d’économies de l’usine passera mal. L’exemplarité des dirigeants ne doit pas être mise en cause.

En donnant à chacun l’occasion d’apporter sa pierre, les petites actions coordonnées fournissent le sentiment de contribution, la solidarité indispensable au succès des actions longues et difficiles qui fourniront, à terme, les résultats. C’est en termes de facteur de motivation, de changement d’attitude mais non d’impact qu’il faut donc mesurer ces campagnes de mobilisation.

Pour conclure : l'exemplarité des dirigeants
L’articulation entre des actions simples et faciles de mise en œuvre par le plus grand nombre et la poursuite résolue du traitement des questions de fond par quelques uns qui est la clé de réussite des grands desseins. C’est en expliquant la cohérence entre toutes les actions que les débats sur les moyens peuvent sortir de la polémique et des procès d’intention. Soyons sans ambigüité sur les moyens : ils ne se valent pas tous, mais un certain nombre d’entre eux doivent être engagés e,nsemble. Il n’y a pas –ou si rarement- de solution miracle à la plupart des questions complexes de l’’entreprise ou de la cité.
L’exemplarité des dirigeants, leur capacité à donner le sens et la cohérence à l’ensemble, sans démagogie, en est la condition de réussite.

Les petits ruisseaux des actions quotidiennes coordonnées et bien comprises apportent aux lents fleuves de l’efficacité, l’énergie de solidarité qui leur sera nécessaire pour atteindre la mer. A moins que l’incurie et le manque d’exemplarité des responsables ne détournent leurs cours vers d’amers lacs salés.

(1)www.planete-nature.org
(2) l’eau en chiffres, dossier france3 http://info.france3.fr/dossiers/monde/19077088-fr.php?page=7
(3) nombreuses sources concordantes, ne pas confondre eau prélevée (59% pour la production d ‘énergie) et eau consommée (3% pour la production d’énergie). Comme pour toutes les grandes questions complexes, les statistiques foisonnent et parfois brouillent les messages.
(4) Le mécanisme de changement d’attitude comme résultat de l’action et non comme préalable à l’action est l’une des thèses de la psychologie de l’engagement. Lire Beauvois et Joule « La soumission librement consentie »
.

Pour aller plus loin, l’article à télécharger présente un outil pour classer, hiérarchiser et coordonner les multiples actions à engager pour traiter les sujets complexes.

Pour aller plus loin :

mots clés : stratégie, déclinaison des objectifs, plans d’actions

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