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Salaire mirobolant : est-ce que ça rend fou ?
Par Pascal-Henri Staut, le 01/07/2010 - [
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L’argent du foot relance le débat sur les effets pervers des rémunérations astronomiques.
Le 27 novembre 2009, je publiais un billet au sujet des effets pervers des rémunérations extravagantes des dirigeants. Et je faisais le parallèle avec celui des joueurs de foot. Je n’imaginais pas que l’actualité nous fournirait avec l’affaire des bleus une aussi belle démonstration du phénomène que je dénonçais. Prétendre que l’argent corrompt tout est une position idéologique qui ne fait guère avancer les pratiques. D’un autre côté, les affaires Kerviel, Bouton et Madoff illustrent de manière éclatante qu’avec un beau bagage intellectuel payé aux frais des contribuables, on peut se comporter de manière aussi inconséquente que des petits caïds de banlieue, qui n’ont appris qu’à bien jouer au ballon. En tous cas, un tabou est entrain de se lever autour des questions de rémunération et c’est tant mieux. Le salaire et les primes rémunèrent-ils la compétence ?
On prétend parfois que le salaire des dirigeants est à la mesure de la prise de risque. On sait désormais ce qu’il en est ! On affirme aussi que le salaire rémunère leur talent, car il est rare. Certes, tous les grands dirigeants sont des êtres hors du commun, par leur énergie au travail, ou leur rapidité de compréhension ou de décision. C’est aussi vrai des joueurs professionnels que l’on cherche à recruter, partout dans le monde, dès leur plus jeune âge. Mais on est en droit de douter dirigeants ou joueurs vedettes aient toutes les compétences requises à leurs responsabilités. C’est évident pour un capitaine des bleus, c’est également vrai pour un dirigeant, à la lueur des événements de ces 6 derniers mois. Rappelons un certain patron de banque qui après n’avoir pas, comme les autres, su anticiper la crise, puis démontré les lacunes de son système de contrôle interne, fit preuve d’un cynisme exemplaire en négociant sa sortie, et réussit à se mettre à dos toute la classe politique française.
Bref, qui peut croire, qu’à ce niveau, les revenus rémunèrent la compétence ? Il semble assez clair à chacun que les 800 millions d’euros de frais de transfert et les 1000€ de l’heure de Ronaldo n’ont pas grand-chose à voir avec ses talents de joueur, aussi grands soient-ils. De plus, ce n’est pas sur que les vedettes fassent toujours gagner les équipes. C’est au foot que c’est techniquement le plus possible, mais on mesure bien avec le mondial, combien c’est discutable ! Messi fera peut-être gagner l’Argentine. Mais c’est à beaucoup plus certain que son image permettra d’attirer les sponsors, les annonceurs, et de futurs actionnaires d’Arsenal. Et c’est ça qui compte vraiment.
Les recruter, c’est d’abord investir sur une image
Il est de même des dirigeants du CAC 40 ou des grands conglomérats. Recruter un nom, c’est d’abord favoriser les alliances et les investissements. Dans ce contexte, le salaire de ces hommes et femmes, même astronomique, est dérisoire face aux enjeux financiers
Pat Russo ou Ronaldo se voient donc transformés en purs leviers financiers dont le retour sur investissement ne dépend assez peu finalement de leurs talents footballistiques ou managériaux.
On dira que c’est la loi des affaires. Soit. Mais si c’est du business, on est en droit de mesurer les risques de ces pratiques. Et c’est bien là que le bât blesse.
Car dès lors que l’on recrute un dirigeant à prix d’or et qu’on lui ménage d’invraisemblables parachutes dorés qui le mettent à l’abri de tous les risques, comment s’étonner qu’il ne se mette à perdre le sens des réalités. Et qu’il commence à se croire réellement valoir le niveau de rémunération auquel il est payé. Comment éviter qu’un manager qui a tout réussi dans sa carrière, qui devient un patron parmi les mieux payés de la place n’en vienne à acquérir une confiance démesurée dans ses capacités et ses jugements, une confiance qui le mette à l’abri du doute, le rende sourd aux critiques et incapable d’écoute.
Les risques des salaires excessifs
Relisez le reportage des Echos (1) sur les difficultés de Dexia, gouverné par deux dirigeants successifs, « étrangers au monde de la banque», entrainés par une boulimie de rachats et de croissance incontrôlée ». Quel sentiment d’omnipotence, d’omniscience, d’invincibilité a pu les envahir pour qu’ils aient pu prendre de tels risques. Quelles relations ont-ils pu tisser avec leur entourage pour que des garde-fous d’une équipe experte n’aient pas pu faire contrepoids à leur déraison ?
A trop payer les dirigeants, on court le danger de les isoler de leurs collaborateurs proches, du terrain de l’entreprise, et du monde « réel ». On prend le risque de transformer des managers intelligents en mégalomanes sourds et aveugles. Nos entreprises n’ont pas besoin de tels dirigeants. L’histoire nous a fourni une multitude d’exemples de ce qu’il advient de ce type de leaders (2).
Dans l’affaire des bleus, la tactique d’isolement forcé des joueurs a précisément été dénoncée comme l’une des causes aggravantes du phénomène.
Revenir à la mesure en matière salariale pour nos dirigeants n’est pas qu’une question de morale, c’est aussi un moyen d’éviter que des hommes et des femmes, tentés de mesurer leur valeur à l’aune de leur rémunération, ne se croient infaillibles. Que se soit d’un point de vue éthique, psychologique ou opérationnel, cessons d’instrumentaliser les dirigeants comme les clubs le font avec leurs joueurs vedettes.
Si ces derniers ne créent, somme toute, aucun dommage à la société, il n’en est pas de même des responsables de la vie économique.
Paul-Henri Staut
(1) « La chute de la maison Dexia » Anne Feitz, Enjeux -Les Echos, juin 2009
(2) « Stalingrad », par Antony Beevor Ed. de Fallois, 1999. La bataille de Stalingrad vit s’affronter deux mégalomanes, qui alternativement vainqueur et vaincu, portent de part et d’autre la responsabilité d’erreurs stratégiques et managériales qui engendrèrent des pertes humaines effroyables.
mots clés :
rémunération variable, outils de pilotage RH, management
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