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Cigares, appartements de fonction et jet privés : les ministres épinglés
Par Pascal-Henri Staut, le 12/07/2010 - [
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Quelle logique d’acteurs peut expliquer ces comportements déviants ?
On ne peut que se poser la question : qu’est-ce qui se passe dans leur tête, comment peuvent-ils en arriver là ? N’ont-ils aucune morale ? Ou aucun bon sens ? J’évoquais ceci avec un ami qui travaille de longue date dans une grande administration. A tous les niveaux, et à la mesure de leurs responsabilités et de leur gout du risque, me disait-il, certains, une minorité en vérité, en croquent de même… Ces comportements déviants ne sont pas seulement des questions de morale individuelle. Ils découlent d’une logique d’acteurs qui dévoie le système de valeurs de l’administration. Une hypothèse, sinistre, qui n’est pas exclure...A tous les niveaux
Un exemple d’abus de bien public des plus banals : l’usage des véhicules de fonction. L’agent de base se sert de son véhicule pour ses déplacements dominicaux, en prenant soin de remettre de l’essence. Un autre qui utilise son véhicule personnel pour se déplacer, fait un usage raisonné de la carte d’essence, moyennant quelques entorses au strict besoin du service. Son chef, lui, utilise son véhicule de fonction pour partir en congés, en utilisant la carte d’essence du service…L’usage des biens public à usage privé semble proportionnel aux capacités d’initiative, aux responsabilités, au traitement, finalement.
La hiérarchie, quant à elle, ferme les yeux. Cela m’évoque ce patron d’une PME de plomberie qui sait bien que ses gars utilisent le week end le matériel, voire le véhicule de la boite pour du travail au noir…Son raisonnement est pragmatique : je les paye un tout petit peu moins cher, mais ils peuvent arrondir leurs fins de mois, et du coup, ils restent chez moi. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Nul n’a intérêt à dénoncer le système qui profite à tous, sauf au fisc et aux organismes sociaux. Ce n’est que justice, avec ce que je leur laisse déjà …
Il est clair que ces petits et grands détournements des usages des biens publics à des fins privées sont connus, mais pas dénoncés. Mais tous les fonctionnaires, n’en croquent pas, loin de là. Seule une minorité transgresse des principes moraux, mais avec la bénédiction de tous , hiérarchie et pairs. Quelle est la logique de ce système ?
Si l’on écarte l’appât du gain, et le sentiment d’impunité, il semble difficile à expliquer que certains puissent prendre le risque de mettre très stupidement leur carrière et leur réputation en jeu pour une poignée de cigares luxueux, un déplacement en jet, ou un appartement de luxe au prix d’un HLM.
Logiques d'acteurs
On peut émettre une autre hypothèse, c’est qu’un autre principe moral se substitue à celui qui est manifestement bafoué. Principe qui serait parallèle à celui de mon plombier : l’administration me rémunère et me récompense sensiblement au dessous de ma valeur réelle, ou du prix de mon dévouement corps et âme pour le bien public. J’ai donc droit à une compensation. Et je me paye sur la bête. Après tout, ce n’est que justice ! Ce raisonnement s’accorde très bien avec une culture d’ancien régime où certains, dans la haute administration se sentent, comme la noblesse d’antan, au dessus de la plèbe, et de sa morale vulgaire. Quant à ceux qui bénéficient de leurs largesses, ce n’est qu’une juste récompense de leur allégeance au bien public.
Plus le niveau hiérarchique est élevé, plus ce raisonnement se renforce. Les bureaux des hauts fonctionnaires restent allumés fort tard ! Et au niveau ministériel, on atteint des sommets. Considérant le temps passé et l’engagement total dans la fonction, c'est compréhensible. Le problème, c’est qu’une telle logique, portée par les plus hauts responsables, contamine toute l’organisation, exemplarité oblige…
La question, pour l’administration, est à la fois morale et pratique. Dans le secteur privé, les abus de biens sociaux à grande échelle finissent au tribunal ou à la ruine. Et c’est parfois rapide, comme chez Airliberté. Dans une administration, avec un corps social solidaire de ses brebis galeuses, ça peut durer éternellement. Au bout, c’est l’économie nationale qui trinque.
Plus profondément, la banalisation de ces pratiques mine l’esprit de service public, une valeur canonique, une valeur qui est le ciment d’une administration efficace. Défendre le service public, c’est faire que ces pratiques, à tous niveaux, deviennent intolérables. Rendons donc grâce aux journaux de contribuer à lever l’Omerta qui règne sur ces comportements déviants : c’est un service qu’ils rendent aux fonctionnaires probes qui auraient pu finir par douter de leur propre morale.
mots clés :
valeurs d'entreprise, comportement professionnel, culture d'entreprise
Commentaire(s) :
1. Par
gilles wallis le 12/07/2010
Pascal ne peut s'empêcher de trouver des logiques à des conduites que l'on pourrait estimer scandaleuses ou stupides. Il est vrai que c'est moins désespérant que de conclure que certains de nos édiles ne sont pas à la hauteur des missions qu'on leur assigne.
2. Par
Herve
le 08/09/2010 Ce type de comportement ne provient-il pas de la déconsidération dont souffre la fonction publique? Si fonctionnaire - ou haut fonctionnaire - était une vocation plus qu'un métier, on n'arriverait pas à cette situation où de pragmatiques profiteurs viennent se servir sur la bête.
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